Deux Lausannois victimes d’homophobie à Mykonos

Attaqués violemment par huit inconnus à Mykonos dimanche soir, les Lausannois Théo et Denis ont partagé leur story sur Instagram pour que leur traumatisante mésaventure serve de leçon. Car non, cela n’arrive pas qu’aux autres.
Mardi 23 juillet, je partage sur mon Facebook un énième papier relatant les dérives homophobes dans le monde. En l’occurrence, Konbini nous apprend qu’un magazine distribue des stickers «zone sans LGBT» en Pologne, quelques jours après la toute première gay pride à Bialystok et à l’approche des élections législatives. Ambiance. Nausée. Quelques instants plus tard, un ami réagit à mon post en commentant: «J’en peux plus! Avec ce qui vient de nous arriver… c’en est trop!!!»
Je découvre alors avec effroi sa story sur Instagram, en détails et en images. En vacances à Mykonos avec son ami, le couple rentrait à 2h matin du Jackie’O, célèbre bar gay de l’île, dimanche soir. Quand soudain huit inconnus – vous avez bien lu – leur sautent dessus pour les attaquer. À terre, Théo et Denis se font rouer de coups. Avec des pierres. À l’arrivée: un nez cassé, deux doigts foulés, de nombreuses coupures et des bleus. En commentaire sous les photos prises à l’hôpital, on peut lire: «Nous prenons soin de nous et on se remet du choc.» Aussitôt, j’écris à Théo. J’imagine que nous sommes nombreux dans ce cas. Ils essaient de continuer leurs vacances «comme prévu», me répond-il. Choqué je suis, certes jamais autant qu’eux qui ont vécu l’horreur.
Oui, on l’a tous pensé, c’est con mais c’est normal: «À Mykonos en plus!» Con parce que ça ne devrait arriver nulle part dans le monde, et normal car à force de faire gaffe à ne jamais être démonstratifs en public, à ne jamais se tenir par la main dans la rue, il est normal de chercher des endroits «safe», des endroits où on nous foute la paix.
Les sachant loin, je leur propose de contacter les médias pour que l’histoire fasse du bruit. Pas de la récup non, un acte communautaire oui. Avec leur accord je l’ai fait, j’ai contacté quelques médias. Mais là n’est pas la question. Depuis hier, ces clichés d’eux avec leurs blessures hantent mon esprit. Je lis dans les yeux de Denis une expression que je n’avais jamais vue auparavant. Je pense à cet ami qui s’était fait péter la gueule à Barcelone, qui n’a depuis trouvé de refuge qu’à l’abris de ses murs. Un fêtard devenu casanier. Je pense aussi à cet ancien collègue qui s’était fait casser la gueule à la sortie du 43&10 à Lausanne, 17 ans à peine. Il n’a pas compris ce qui lui arrivait. Je me souviens de sa phobie de la nuit après cet épisode traumatisant.
Je me remémore aussi ces deux filles violemment agressées dans le bus à Londres en juin, «parce qu’elles avaient refusé de s’embrasser». Je repense aussi à moi, quand je m’étais fait démonter la mâchoire devant le Paradoxe à Neuchâtel il y a une quinzaine d’années. Sans raison. Prends ça, c’est gratuit. Si ce héros inconnu n’était pas intervenu, j’aurais sans doute vu mes dents voler dans la nuit.
Aujourd’hui je scrolle sur le fil… Une attaque homophobe à Londres, une militante LGBT assassinée à Saint-Pétersbourg. Ce n’est plus possible. Je pense à Théo et Denis. J’en frissonne. Ma gorge se noue. Les larmes montent, celles de colère. La colère noire qui monte et gronde sourdement comme l’orage à l’horizon. Alors j’emprunte les mots de Théo pour les recracher bruyamment: «c’en est trop!!!»
source : https://360.ch/

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