« Ton père », la lettre de Christophe Honoré à sa fille

« Je m’appelle Christophe et j’étais déjà assez âgé quand un enfant est entré dans ma chambre avec un papier à la main. »
C’est par cette première phrase que Christophe Honoré nous fait entrer dans le fulgurant autoportrait romancé d’un homme d’aujourd’hui qui lui ressemble mais qui n’est pas tout à fait lui. Lui, le cinéaste, le metteur en scène de théâtre et d’opéra, mais avant tout l’écrivain.
Sur le papier que sa fille de dix ans a trouvé épinglé à la porte de son appartement, ces mots griffonnés au feutre noir : « Guerre et paix : contrepèterie douteuse ? » Alors, très vite, tout s’emballe et devient presque polar. Qui a écrit ces mots ? Qui le soupçonne d’être un mauvais père ? Peut-on être gay et père ? Le livre nous conduit soudain dans tous les recoins d’une vie mais aussi au cœur de l’adolescence en Bretagne, la découverte du désir, des filles, des garçons, du plaisir, de la drague.

Un livre à la fois puissant et énigmatique, d’une merveilleuse liberté, à la mesure de son sujet.
Cinéaste, écrivain, metteur en scène, homosexuel et père : Christophe Honoré a plusieurs facettes identitaires, il ne pouvait qu’écrire un livre hybride. Un volume qui tienne à la fois de l’autoportrait, de l’album de photos, de l’encyclopédie amoureuse, du roman policer et du journal testamentaire adressé à sa fille de 10 ans. Celle-ci apprendra un jour – sait déjà peut-être – que son père a été l’objet de menaces en raison de son orientation sexuelle adjointe à sa paternité, qu’un homme ainsi maltraité est pétri de failles, de doutes et de questionnements. Il n’est jamais tranquille.
À mesure qu’il vieillit (Honoré a 47 ans), le monde autour de lui rétrécit, rattrapé par l’homophobie ordinaire : ce sont des lettres anonymes, les remarques perfides d’un parent d’élève, d’une sœur, le spectre de la Manif pour tous ou encore les paroles d’un acteur-ami (il n’est pas nommé mais il sera facile de le reconnaître) qui abandonne votre film à cause de scènes trop explicitement gay. Honoré colère, mais ce texte reste non amer : il recherche la paix. ( grazia)
Ton père de Christophe Honoré (Mercure de France, 192 p.).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s