Archives Mensuelles: février 2012

« Le baiser de la lune »( suite) : le réalisateur perplexe face à la polémique

Sébastien Watel, le réalisateur du « Baiser de la lune », court-métrage d’animation sur le thème de l’homosexualité, est déterminé à aller au bout de son projet, mais reste un peu perplexe face à la polémique suscitée par ce conte destiné à un public d’écoliers. « La polémique n’a fait que renforcer ma détermination à aller jusqu’au bout », assure cet artiste rennais de 36 ans, qui se dit « étonné de l’ampleur » des débats.Son court-métrage, destiné aux élèves de CM1-CM2, dépeint en 26 minutes très poétiques différentes façons de s’aimer, dont celle de Léon et Félix, deux « poissons-garçons », sous l’oeil circonspect mais peu à peu compréhensif de la chatte Agathe, vieille grand-mère conservatrice.Ce film propose « une vision moins stéréotypée des relations amoureuses, même s’il reprend les codes des contes de fée », explique l’auteur, qui travaille actuellement aux Ateliers du vent, à Rennes, avec une équipe d’une dizaine de personnes.

Le but du projet: lutter contre l’homophobie qui se cristallise le plus souvent au moment de l’adolescence et, plus largement, lutter contre les discriminations face à la différence. Et pour lui, la virulence des débats montre qu’il « reste un tabou énorme » sur le sujet.Alors que le tournage a débuté en octobre, le premier tir de barrage est venu en décembre de médias d’extrême droite comme le journal Minute et l’hebdomadaire Les 4 Vérités, mais aussi du Collectif de l’enfant, association anti-homoparentalité qui a dénoncé « une intrusion dans l’intimité de jeunes enfants ».

 

Christine Boutin, qui préside le Parti chrétien-démocrate, a aussitôt interpellé le ministre de l’Education Luc Chatel pour qu’il interdise la diffusion du film dans les écoles, « au nom du respect de la neutralité de l’Education nationale ».

« L’Education nationale fait preuve d’une inertie assez énorme en la matière », estime le réalisateur qui ne désespère pas de recueillir l’aval de l’institution.

Intervenant depuis dix ans en milieu scolaire pour apprendre aux enfants et adolescents à monter des films d’animation à visée pédagogique, M. Watel souligne avoir travaillé pour son projet avec des éducateurs et des conseillers de l’enseignement.

Ces dernières semaines, il a reçu le soutien d’associations luttant contre l’homophobie, des personnalités de gauche (PS, Verts, PCF) mais aussi de la Ligue de l’enseignement et du Haut-Commissariat à la Jeunesse.

« J’ai reçu beaucoup de messages de soutien d’enseignants et de structures périscolaires (MJC) qui m’ont dit: Dès que le film sort, on veut le montrer  ! », dit-il.

Il lui reste encore à trouver quelque 35.000 euros pour boucler son budget (150.000 euros). Une souscription a été lancée, « une autre façon de dire non à l’homophobie ».