Archives Mensuelles: octobre 2006

Homophobie : Homophobie au sein du PS antillais

Après neuf mois d’une campagne soutenue par Mgr Gaillot et menée par 36 associations françaises et internationales, An Nou Allé a pu attirer l’attention du Parti socialiste sur les propos homophobes et contraires à la laïcité tenus par trois socialistes antillais : Marlène Lanoix, première secrétaire fédérale du PS en Martinique et adjointe au maire du Vauclin, Jules Otto, premier fédéral en Guadeloupe, et Raymond Occolier, maire du Vauclin.
Mardi dernier 10 octobre, An Nou Allé a été reçue par Adeline Hazan, secrétaire nationale du PS aux droits de l’homme, François Vauglin, délégué national du PS aux questions LGBT, puis Malek Boutih, secrétaire national aux questions de société. Le soir même, selon l’association, le bureau national du PS renvoyait Marlène Lanoix devant la commission nationale des conflits.
« C’est bien, se félicite An Nou Allé, mais quid de Jules Otto ? – qui invoquait la « société judéo-chrétienne » et la « tradition guadeloupéenne » pour émettre des « réserves » sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe. Quid de Raymond Occolier ? – qui citait la Bible en taxant les homosexuels « d’abomination ». Et pourquoi Marlène Lanoix n’est-elle pas suspendue ? – comme Georges Frêche l’avait été dès le mois de mars dernier après ses propos de février sur les Harkis (des « sous-hommes »…) et avant la sanction définitive de la commission nationale des conflits intervenue en mai ».
Ces questions, An Nou Allé entend les poser lundi prochain 16 octobre à 18h30 devant la statue du chevalier de la Barre à Paris, avec plusieurs associations LGBT. An Nou Allé renouvellera alors son appel au PS et plus particulièrement à Jean Glavany (secrétaire national du PS à la laïcité) et Victorin Lurel (secrétaire national à l’Outre-Mer).
« Les propos tenus, passibles de poursuites pénales, méritent à tout le moins une sanction claire et nette de leur formation politique, qui se définit comme « fermement attachée à la laïcité » et opposée à l’homophobie et à la transphobie », considère l’association. source E-llico.com

Belgique :L’homosexualité en débat dans l’Eglise Protestante Unie

Cela fait déjà une vingtaine d’années que diverses discussions ponctuelles ont été menées dans les synodes de l’EPUB à propos de l’homosexualité. Au début des années 2000, il a été décidé d’entamer une réflexion de fond sur le sujet. Cela en nous interrogeant préalablement sur nos conceptions diverses à propos de « l’autorité des Écritures ». Trois journées ont été ainsi organisées :
1. La première, le 22 mars 2003, animée par Gérard Delteil, soulignait la pluralité des Églises dans le NT et s’appuyait sur la tolérance comme valeur essentielle de l’identité chrétienne. Les autres orateurs étaient les pasteurs Steve FUITE, lequel parlait de « La tolérance, une valeur essentielle de l’identité chrétienne » et Marc DANDOY qui a apporté un témoignage allant dans ce sens. L’après-midi, les participants se répartissaient entre divers ateliers qui avaient le courage d’aborder des thèmes éthiques et théologiques, ainsi, l’euthanasie, le baptême ou la divinité de Jésus-Christ.
2. Une deuxième journée le 20 mars 2004 a eu pour thème : La Bible : une pomme de discorde. Trois exposés, ceux du professeur SCHOORS et des pasteurs Luc LUKUSA et Judith VAN VOOREN devaient permettre à tout un chacun de se positionner : « L’Autorité des Saintes Écritures : qu’est-ce à dire pour moi, dans le quotidien? ». Les ateliers de l’après-midi étaient axés sur la lecture, la compréhension et l’interprétation d’un seul et même texte pour tous, à savoir Marc 5 v.1 à 20, cet épisode où Jésus guérit un homme ayant des esprits mauvais.
3. La troisième journée eut lieu le 5 mars 2005. Entre temps, rappelons-le, la Belgique reconnaissait le mariage homosexuel et la demande d’une bénédiction d’un mariage entre personne du même sexe se posait. Deux pasteurs de position différente, Georges QUENON et Egbert ROOZE, ont présenté des lectures de textes bibliques et notamment Genèse 19. Pas de débats ce jour là mais une écoute attentive de deux approches différentes. Tous, au sein de l’EPUB, nous prônons une culture de tolérance et d’accueil et nous reconnaissons l’autorité des Écritures mais les interprétations peuvent diverger.
Comment envisager notre référence aux Écritures(1) ?
Notre fondement commun quant à l’autorité des Écritures est cette conviction qu’en Christ tout être humain est inconditionnellement aimé de Dieu. Toute lecture de la Bible se trouve soumise à cette condition première. La Bible nous interroge aussi sur notre relation au prochain et c’est dans ce cadre – second par rapport à l’annonce première de la justification par la foi – que se situe notre réflexion.
À partir des Écritures, les réformateurs ont souligné que l’être humain est fondamentalement un être en relation : avec Dieu et avec son prochain. Il n’est jamais humain tout seul. Cette approche nous conduit à interroger l’homosexualité sur son rapport à l’altérité. Pour les uns, l’homosexualité, en restant dans le registre du « même », présente une carence d’altérité. Pour les autres, l’altérité est au cœur de toute rencontre quelle qu’elle soit, la différenciation sexuelle apparaissant alors comme une altérité seconde par rapport à l’irréductibilité de l’autre en tant que personne.
Beaucoup de questions sont restées ouvertes après nos journées d’étude, en voici quelques-unes en particulier qui interrogent notre actualité :
▪ Comment replacer les textes dans leurs contextes tout en se mettant à l’écoute de la Parole dans notre propre contexte ?
▪ Comment et jusqu’où adapter l’interprétation de la Parole à l’évolution de la société ou inversement ?
▪ La vision négative d’une certaine sexualité n’est-elle pas souvent liée, dans la bible, aux cultes idolâtres et donc à certains « abus de pouvoir » contre Dieu et le prochain?
▪ La révolte contre Dieu s’exprime-t-elle uniquement dans l’idolâtrie ou aussi dans certains comportements condamnés par la Bible. ?
▪ Le mariage (entre homme et femme) est plusieurs fois utilisé comme métaphore de la relation entre Dieu et son peuple : mais est-ce le caractère différencié Homme/Femme qui est le plus significatif ou bien les réalités de la fidélité, de la confiance et du don de soi ?
▪ La différenciation ou l’altérité dans le couple est-elle basée principalement, fondamentalement et uniquement sur la différenciation sexuelle
L’assemblée synodale de 2005 adopta la proposition du groupe de travail présentée par Conseil synodal, à savoir l’organisation d’une nouvelle journée d’étude consacrée cette fois plus spécifiquement à l’attitude des Églises dans l’accueil de personnes homosexuelles.
Cette journée eut lieu le 30 septembre 2006 et après deux exposés faits l’un par une psychothérapeute (Mme Anne DEBRA) et l’autre par un théologien (Dr Peter J. TOMSON), deux témoins prirent la parole pour dire, pour l’un, son processus de guérison par rapport à des tendances homosexuelles et pour l’autre, son choix délibéré d’assumer son homosexualité.
Suite à cette journée d’étude et à la discussion en Assemblée Synodale 2006, le groupe de travail a rassemblé divers documents dans un dossier qui devrait permettre à chacun d’être au bénéfice des interventions, questions, réponses et témoignages. Le groupe de travail aimerait rappeler une des conclusions du prof. TOMSON : « Je réitère ma proposition d’avoir ensemble et provisoirement le courage de ne pas trancher, de considérer les différentes positions en la matière au sein de l’E.P.U.B. et également la division en nous-mêmes et de leur donner une place, de prier de commun accord dans notre diversité, le Saint-Esprit, afin qu’Il nous éclaire. »
A coté de ce processus inachevé de réflexion et donc toujours à poursuivre personnellement, en paroisse et en Église, le groupe de travail, en accord avec le Conseil Synodal, propose à l’Assemblée Synodale d’adopter « la ligne de conduite au sein de l’EPUB » proposée ci-après.
Ligne de conduite au sein de l’EPUB
1- C’est un privilège de vivre au sein d’une Église où l’on peut aborder le sujet de l’homosexualité, dans un esprit d’écoute et de respect, au travers de discussions certes parfois passionnées, mais menées depuis le niveau local jusqu’aux instances synodales.
2- Cette démarche est d’autant plus délicate que nous subissons actuellement des pressions intenses :
a) d’une part de groupes de pression homosexuels pas toujours représentatifs
b) d’autre part de courants fondamentalistes qui refusent d’entrer en dialogue sur cette question.
3- A la suite de Jésus-Christ nous croyons que chaque homme ou femme, quelle que soit son orientation ou son origine, peut trouver sa place au sein de l’Église et s’associer à son culte. Au sein de notre Église aucune pression ne devrait être exercée sur qui que ce soit dans ce domaine.
4- Les personnes qui découvrent leur homosexualité ou leur tendance homosexuelle peuvent vivre une souffrance intérieure profonde liée à la nécessité de faire un choix identitaire mais également liée au rejet et à la stigmatisation… y compris au sein de l’Église. Ce qui entraîne solitude et manque de confiance. La question est d’autant plus délicate qu’elle touche au domaine de l’intimité et du choix de vie dans le cadre d’une société en constante évolution.
5- Les paroisses de l’EPUB ont des convictions divergentes et des lectures différentes des textes bibliques en ce qui concerne l’homosexualité.
Mais chaque paroisse a le devoir d’accueillir toute personne, quelle que soit son orientation sexuelle, qui a une demande d’accompagnement et qui est en recherche spirituelle. Le respect et l’écoute sont au centre du ministère d’accueil dans l’Église. Chaque communauté, sans choquer ou provoquer de tensions inutiles, dans le respect et l’amour des personnes concernées, est invitée à clarifier sa propre position.
6- En ce qui concerne le mariage, l’Église Protestante ne le considère pas comme un sacrement. L’Église ne célèbre pas un mariage mais elle peut demander ou ne pas demander la bénédiction de Dieu sur un couple légalement uni lors de la cérémonie civile.
7- Des pratiques différenciées ne doivent pas entraîner de rupture dans la communion qui est fondée sur le message central de l’évangile : L’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ mort et ressuscité pour notre salut à tous.
L’assemblée synodale de 2007 de l’Eglise Protestante Unie de Belgique a pris acte de ce texte qui servira de cadre général au sein duquel chaque consistoire ou communauté peut se forger une opinion et se positionner.  source: